Moon, de Duncan Jones

Hier soir, profitant d’un moment de répi (et mes deux petits garçons m’en laissent peu !), j’ai revisionné Moon, film indépendant sorti en 2009. Duncan Jones, fils du chanteur David Bowie, signe ici son premier long-métrage. Il s’est fait remarquer depuis avec Source Code (2011).

Comme son nom l’indique, Moon nous emmène sur la Lune, en 2035, dans une base appellée Sarang et appartenant à la compagnie Lunar Industries. Celle-ci exploite l’Helium 3 présent à la surface du satellite et l’expédie sur Terre, où il est utilisé comme source d’énergie écologique.

Sarang ne contient que deux hôtes : Sam Bell, un ingénieur chargé de superviser le fonctionnement des moissonneuses, sorte d’énormes machines qui collectent l’Helium 3, et GERTY, un robot programmé pour veiller à sa sécurité. Sam termine un contrat de 3 ans et s’apprête à retourner sur Terre pour rejoindre sa femme Tess et sa fille Eve. En attendant, il communique régulièrement avec elles par vidéos enregistrées, car l’émetteur qui permettrait une communication directe est endommagé.

Alors qu’il est hors de la base, en train de conduire un véhicule lunaire tout-terrain, Sam est pris d’hallucinations. Il percute une moissonneuse et perd connaissance. A son reveil, il est revenu dans la base. GERTY lui explique qu’il a eu un accident. Puis, peu de temps après, il entend le robot dialoguer en temps réel avec le siège de la compagnie, ce qui est normalement impossible vu la panne d’émetteur.

Sam commence alors à se poser des questions, d’autant que GERTY l’informe qu’il a reçu l’ordre de l’empêcher de sortir de la base. Sam simule alors un dégât matériel et parvient ainsi à convaincre GERTY de le laisser aller constater les dégâts. Une fois dehors, il retourne sur le lieu de son accident. Dans le véhicule endommagé, il découvre un homme blessé qui lui ressemble trait pour trait

Moon-sam-rockwell

Moon est un film à petit budget (5 millions de dollars) qui a été éclipsé par Avatar, sorti presque en même temps. D’où une absence dans les salles française et une disponibilité uniquement en vidéo. Un traitement injuste pour ce qui est une excellente réalisation du cinéma indépendant.

D’abord parce que Moon, faute de moyens, évite les effets spéciaux CGI et se contente des traditionnelles maquettes. Et le résultat est tout à fait crédible, l’environnement lunaire appraissant finalement très réaliste.

Mais aussi parce que l’histoire, un huis-clos dans la base minière, relève autant du psychologique que de la SF. Sam, interprété par deux acteurs différents – Sam Rockwell/Robin Chalk – pour économiser sur les trucages, est confronté à la solitude et aux mensonges de son employeur. Il doit comprendre ce qui lui arrive sans sombrer dans la folie, et au vu de ce qu’il va découvrir, il y aurait de quoi.

Il dispose toutefois d’un allié, le robot GERTY, dont la voix est celle de Kevin Spacey en VO. Celui-ci est un véritable personnage, mais ambigu : il ment à Sam mais en même temps lui rend des services qui reviennent à trahir la compagnie. Et explique lui-même pourquoi : parce qu’il est programmé pour veiller sur son collègue humain. Une trouvaille intéressante, la présence d’un énorme smiley sur un écran, lui permet d’exprimer des « émotions ».

Côté crédibilité scientifique, le réalisateur de Moon s’est bien documenté : l’Helium 3, naturellement contenu dans le régolith, la poussière en surface de la Lune, est réellement envisagé comme source d’énergie pour de futurs réacteurs à fusion nucléaire. Cet élément est présent en quantité énorme sur notre satellite, et on comprend pourquoi la compagnie en exploite la face cachée et non la face visible : pour mieux garder le secret sur ses méthodes, que je ne dévoilerai pas.

moon_rover

Dans Moon, les allusions à d’autres film sont nombreuses, surtout à 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. On notera l’ambiance générale, le rôle de l’ordinateur capable de parler et presque tout-puissant, le style de l’intérieur de la base, etc. Une base qui s’appelle Sarang, un mot qui signifie « amour » en coréen. A plusieurs endroits, on voit d’ailleurs le mot écrit dans cette langue à côté de sa transcription latine.

Je ne mets pas la note maximale car le rythme du film n’est pas parfait : on apprend un peu trop tôt le secret que dissimule la compagnie Lunar Industries. Le jeu des acteurs est aussi parfois un peu excessif. Cela dit, Moon est une réussite, encore une preuve que les gros budgets ne sont pas indispensables à un cinéma efficace. A voir ou à revoir avec plaisir.

Ma note : 4 sur 5

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