Le passage, épisode 14

Ceci est le 14ème et dernier épisode d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
Pour lire ou relire l’épisode précédent, cliquez ici. Pour reprendre la lecture depuis le début, cliquez ici. N’hésitez pas à me laisser votre avis dans les commentaires !


Salle de contrôle, Chine

Fu éjecta un des opérateurs militaires de son siège et se connecta au logiciel avec le login de Zhao. L’interface qui apparut était différente. Les menus d’options étaient beaucoup plus nombreux. Debouts derrière lui, Tazhuo et Yuxiang regardaient par dessus son épaule, cherchant à comprendre.
Puis l’assistant de Wentian édita la liste des ouvertures du passage qui étaient programmées pour la journée. 3 seulement étaient prévues. Il frappa du poing sur la table.
– L’ordure !
– Expliquez nous, que voyez vous ? demanda Yuxiang.
– Avec ce compte, je vois que le passage doit s’ouvrir seulement 3 fois aujourd’hui, alors que vous m’avez dit qu’il y a une dizaine de cibles.
– Nos opérateurs ne voient rien d’anormal, pourtant, fit remarquer Tazhuo.
– Cela s’explique, continua Fu. D’après ce que je vois, le login de développeur permet de programmer une liste d’actions réelle et une autre apparente. En clair, ce que vous voyez sur vos écrans est faux.
– Pourtant la porte s’est ouverte, non ?

A quelques mètre, un homme prit la parole. C’était l’ingénieur en chef de la base.
– Je confirme, le générateur électrique a été sollicité deux fois dans les dix dernières minutes.
– Oui, mais pour cette liste là – Fu désigna l’écran. Regardez : la première ouverture à 15h a duré 8 secondes et a permis à ces traitres de fuir. La seconde a eu lieu à 15h01, pendant 30 secondes, visiblement entre la Chine et un pays étranger, et il en reste encore une en attente.
– Coupez l’alimentation ! hurla Tazhuo.
– Vous voulez dire que les navires américains n’ont pas été détruits ? s’étrangla Yuxiang.
Le chef ingénieur se leva et marcha vers le tableau où se trouvait l’interrupteur d’urgence.
Au même instant, Fu regarda la troisième et dernière séquence d’ouverture programmée. On lisait 15h05, avec une durée anormalement courte de 10 millisecondes, et des coordonnées géographiques à zéro.
Fu jeta à un oeil à l’horloge numérique de la salle de contrôle ; les gros chiffres digitaux rouges indiquaient 15:04:57. Il se remémora le système de coordonnées utilisées par le logiciel, dont Zhao lui avait souvent parlé. Pour une position située sur Terre, on utilisait les coordonnées géographiques standard, combinaison d’une latitude et d’une longitude. Mais lorsque le point était situé dans l’espace, le système utilisait des coordonnées solaires.
Sur Terre, les coordonnées à zéro correspondait à un point situé en mer, dans le golfe de Guinée. Fu considéra cela comme aberrant, et se demanda alors ce qu’elles signifiaient dans le second référentiel. Le zéro indique le point de référence, le centre. Il comprit alors et se retourna vers ses chefs.
– Le centre du soleil !
Au même instant, la main de l’ingénieur chef saisit le levier d’alimentation électrique, mais n’eut pas le temps de l’abaisser. L’horloge afficha très brièvement 15:05:00, mais personne ne put la voir.

*******

A 15h05 très précisément, un passage de 20 mètres de large s’ouvrit face au bâtiment principal de la base. Si un observateur avait pu ralentir le temps, il aurait assisté à une scène incroyable.
Dans les dix premiers millièmes de secondes, le plasma solaire, un fluide chauffé à 15 millions de degrés, et composé de noyaux atomiques d’hydrogène en pleine réaction nucléaire, jaillit de la porte vers l’extérieur. Sortant d’un orifice de forme circulaire, il serait apparu à l’observateur comme un énorme cylindre jaune brillant. Sous l’effet d’une pression équivalente à des milliards de fois celle de l’atmosphère terrestre, il se précipita vers le bâtiment et y perça un trou sur toute sa longueur, désintégrant les murs et détruisant le générateur électrique.
Privé d’énergie, le passage se referma instantanément.
Malheureusement, le plasma jusque là incroyablement comprimé pouvait maintenant se détendre dans toutes les directions.
Ce qu’il fit, multipliant en une fraction de seconde son volume par mille. Il y eu d’abord un flash lumineux, tellement puissant que plusieurs satellites météo géostationnaires, pourtant à 36.000 km de distance, furent momentanément aveuglés.
Puis la bulle en expansion anéantit toute la base en creusant un cratère de 300 mètres de large sur 30 mètres de profondeur. Des centaines d’hectares du désert environnant furent aplanis par le souffle et vitrifiés par la chaleur.
Vint ensuite l’onde de choc, qui s’étendit dans toutes les directions à une vitesse de plusieurs milliers de kilomètres par heure. Le sol de Mongolie Intérieure se mit à trembler, provoquant des mouvements sismiques perceptibles jusqu’à 200 kilomètres de distance.
Enfin, l’énorme masse de gaz, aspirant d’énormes quantités de sable et de poussière, se mit à grimper en flèche vers la haute atmosphère, prenant la forme d’un nuage grisâtre en forme de champignon, de plus en plus large et de plus en plus haut.

*********

La Maison Blanche, le lendemain

– Monsieur le président ?
– Entrez, général.
White entra dans le bureau ovale. Son patron était assis derrière le Resolution Desk, plongé dans un rapport. Il portait les petites lunettes de lecture qu’il dissimulait au public.
– Mettez vous à l’aise, John. Il faut qu’on parle.
White prit place sur un des deux canapés disposés face au bureau. Le président retira ses lunettes et se leva. Il fit quelques pas, regarda quelques instants un portrait de Georges Washington. Puis il entra dans le vif du sujet.
– John, comment vont nos hôtes chinois ?
– Plutôt bien, mais le principal dissident, ce Wentian, va sans doute tomber en dépression.
– Pourquoi ?
– D’après nos médecins, il n’arrive pas à assumer d’avoir provoqué la mort de tous ses collègues, les ingénieurs et militaires de la base. Il a le sentiment d’avoir agi pour sauver des vies humaines, mais en en sacrifiant d’autres – enfin c’est ce qu’il ressent.
Le président continua à marcher à travers la pièce, l’air absorbé.
– Il a fait le bon choix. A court terme, des milliers de marins américains lui doivent la vie. A long terme, il a peut-être évité une guerre.
– Que va-t-on faire de lui ?
Le président s’assit sur le canapé en face de White.
– Je vais lui donner l’asile politique, à lui et à ses compagnons. La CIA les prendra en charge et leur permettra de refaire leur vie ici, sous une fausse identité bien sûr.
– Et sa technologie ?
– John, c’est pour cela que je vous ai fait venir.
Le président se pencha en avant. Ses yeux s’arrondirent. C’est cette question qu’il attendait.
– Nous devons assimiler cette technologie, absolument.
White avait beau s’en douter, il était étonné de la détermination du chef de l’Etat.
– Wentian nous a donné spontanément une malette. Il y a dedans des rapports en chinois.
– J’en ai parlé au secrétaire d’état à la défense. La DIA (Defense Intelligence Agency) va les récupérer. Ils seront traduits et exploités.
– Je suppose que nous devons maintenir le secret sur toute l’affaire ?
– Evidemment. Demain je rencontre Bob O’Neil de la commission parlementaire pour la défense. Je vais lui proposer de débloquer un budget de développement non-officiel.
– « Non-officiel » ? répéta White.
– Les dépenses seront maquillées et ventilées parmis d’autres programmes sans lien, comme pour le bombardier B2.
– Je vois. Mais nous ne sommes pas sûrs de pouvoir construire cette machine.
– Si les chinois l’ont fait, on peut le faire aussi. Notre science est tout de même encore en avance sur la leur.
– Et si nous y parvenons, quel usage en ferons nous ? demanda White, candidement.
– Nous ferons ce que l’Amérique a toujours fait. Protéger la liberté, partout dans le monde.
Le président se leva. Il regarda Georges Washington à nouveau.
– La liberté et nos intérêts, évidemment.

— FIN —

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