Le passage, épisode 12

Ceci est l’épisode 12 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
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10h30, salle de contrôle

Wentian ne pouvait plus accéder à la console, car l’équipe militaire occupait la salle de contrôle. Son plan était lancé, il ne pouvait plus rien faire avant le début de l’opération. Fu lui avait annoncé qu’elle démarrerait à 15h.
Il se dit que l’attente est la pire des tortures. Mais il était prêt. Et il assumerait les conséquences de ses actes, quelles qu’elles soient.

12h, caféteria

Wentian déjeuna rapidement avec Fu et Zhao. Un bol de riz et un autre de soupe. La cantine de la base était vide, ou presque.
– Ca manque d’ambiance, fit Zhao.
Fu regarda Wentian et lui demanda :
– Tu vas bien ?
L’intéressé ne répondit pas.

12h20, chambre de Wentian

Le déjeuner terminé, Wentian arriva dans sa chambre. A peine avait-il refermé la porte qu’on frappa. Il ouvrit ; devant lui se tenait un soldat armé, en uniforme vert et casquette à l’étoile rouge.
– Professeur Wentian ?
– Oui ?
– Le colonel Tazhuo souhaite que vous et votre équipe ne sortiez pas de vos chambres avant 17h. Nous viendrons vous chercher.
– Et pour quelle raison ?
– Pour votre sécurité.
Puis le garde s’éloigna. Wentian souffla. On le mettait en cage. Heureusement, il avait prévu cette éventualité.

Washington D.C., 1h00 du matin (13h00, heure de Pékin), la Maison Blanche

La réunion dans le bureau ovale prit fin, à une heure inhabituelle. Les officiers de la marine prirent congés, et le président resta seul quelques instants avec le général White.
– M. le président, je me permets d’insister. Pourquoi ne pas mettre toutes nos forces en alerte ?
– Parce que nous n’avons aucune raison apparente de le faire. Cela pourrait être interprété par les chinois – ou le pays qui se fait passer pour eux – comme la preuve que nous nous attendons à quelque chose.
La fatigue se lisait sur son visage.
– J’ai demandé un renforcement de la surveillance des sites sensibles sur le territoire, puisque qu’on sait maintenant qu’il n’est plus inviolable.
– De mon côté, fit White, j’ai consulté un de nos experts en physique, sans lui révéler notre problème bien entendu. Pour lui, ce type de déplacement relève de la science-fiction.
– Je m’y attendais. L’ennemi a une sacrée longueur d’avance. Mais il est tard. Je vais dormir un peu. Réveillez moi au moindre problème.

14h30, salle de contrôle

Le colonel Tazhuo et ses officiers des transmissions établirent la liaison sécurisée avec Pékin. Quelques instants après, des coordonnées apparurent à l’écran.
– Que fait-on, colonel, demanda l’opérateur ?
– Introduisez ces données dans le programme d’ouverture du passage.
– Bien colonel.

14h35, orbite terrestre

Les satellites militaires chinois notèrent un changement de cap de tous les portes-avions américains en mission. Les données furent expédiées à Pékin, analysées, et jugées anormales.

14h45, bureau du général Yuxiang

Le téléphone du général Yuxiang sonna. Une voix masculine l’avertit qu’un membre du comité militaire stratégique souhaitait lui parler. Puis la communication fut établie. Yuxiang reconnu le colonel Ma, qui supervisait la flotte de satellites chinois.
– Bonjour colonel. Que désirez vous ?
– Mes respects, mon Général. Nous venons de détecter que la totalité des cibles que vous nous avez demandé de suivre ont changé de direction il y a quelques minutes.
– Comment cela ? En êtes-vous sûr ?
– Certain, et dans certains cas elles font même demi-tour.
Puis Ma ajouta, comme s’il sous-entendait qu’on lui cachait quelque chose :
– Le contexte international n’explique pas ce comportement.
– Effectivement. Un instant s’il vous plait.
Yuxiang se donna quelques secondes pour réfléchir. Si les américains déroutaient leurs navires, se pourrait-il qu’ils aient été informés de ce qui les attendait ? Mais ce n’était pas certain. Et de toute façon, cela ne pouvait empêcher leur flotte d’échapper à son sort.
– Colonel, envoyez nous d’urgence les nouvelles positions. Merci de m’avoir prévenu.
Il raccrocha.

14h50, bureau du général Yuxiang

Yuxiang avait demandé à Tazhuo de le suivre dans son bureau.
– J’ai une mauvaise nouvelle. Il est possible que nous comptions un traitre dans nos rangs.
Tazhuo paru étonné.
– Un traitre ?
– Tous les portes-avions américains changent de cap. Tous, simultanément. Je ne crois pas aux coincidences. Quelqu’un de chez nous a peut-être averti Washington, et vu la confidentialité du projet Shen Men, le plus probable est que la trahison vienne de cette base. Ce n’est toutefois qu’une hypothèse.
– Je vais enquêter, mon Général. L’opération est-elle maintenue ?
– Tout à fait. En ce moment même, les nouvelles coordonnées des cibles nous sont transmises. Retournons à la salle de contrôle.

14h55, chambre de Wentian

Assis dans sa chambre, Wentian regardait sa montre. Plus que 5 minutes.
Le problème venait de la centrale électrique qui alimentait le portail magnétique. L’intensité nécessaire pour l’ouvrir étant importante, cela risquait d’attirer l’attention. Avant l’arrivée des militaires, il avait pu l’utiliser incognito, mais maintenant le risque était trop grand.
Néanmoins, il se leva. Il avait rassemblé dans une malette ses documents les plus importants, ceux qui permettraient de reconstituer le principe de fonctionnement du passage. Il fit une prière muette. Bien qu’athée, il se dit que si un dieu existait, c’était le moment de lui demander son aide.
Et tout d’un coup, on cogna.
Paniqué, Wentian se dirigea vers la porte.
– Qui est là ?
Une voix murmura.
– C’est moi, Zhao.
Wentian se crispa. Ce n’était vraiment pas le moment d’avoir un invité.
– Ecoute Zhao, je suis occupé, reviens dans 20 minutes s’il te plait.
La voix de Zhao se fit moins forte, comme s’il chuchotait.
– Et où seras-tu, dans 20 minutes ?
Wentian regarda sa montre. 4 minutes. Il se résigna, ouvrit la porte, fit entrer le jeune programmeur et referma rapidement derrière lui.
– Ecoute Zhao, il faut que tu reviennes plus tard, c’est important.
– Inutile, je pars avec toi.
– Que veux tu dire ?
– Je suis allé me connecter à la console avec le login de développeur. J’ai vu ce que tu as préparé.
Puis il ajouta avec un clin d’oeil complice.
– Et tu sais quoi ? Je n’ai rien modifié.
Wentian était sidéré.
– Mais pourquoi m’avoir soupçonné ?
– Ben parce que tu m’as demandé le mot de passe. C’était logique que tu t’en serves. Et ton idée est excellente. Je participe.
Ce n’était pas du tout prévu. Wentian réfléchit. Il fallait que Zhao comprenne ce qu’il risquait.
– Ecoute, tu vas devoir abandonner ton pays et ta famille. Sans compter qu’elle risque de gros problèmes.
– Quelle famille ? Je suis orphelin. Pourquoi crois tu que je suis venu bosser dans cette base isolée ? Au contraire, je suis enthousiaste.
Et, regardant dans le vide, il ajouta, froidement :
– Et je hais ce gouvernement.
Wentian regarda sa montre. Une minute. Il allait répondre à Zhao qu’il pouvait l’accompagner quand il entendit une clé tourner dans la serrure de la porte, qui s’ouvrit brutalement.
De l’autre côté, il apperçu Fu, suivi de plusieurs soldats armés. Son assistant braquait un pistolet sur lui.
– J’arrive à temps, apparemment.

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

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