Le passage, épisode 11

Ceci est l’épisode 11 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
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Wentian était partagé. Il savait ce qu’il voulait faire, mais il n’arrêtait pas de penser aux conséquences. Il avait trahi, et par dessus tout, il comptait le refaire à nouveau, mais d’une façon cent fois plus grave.
Son propre sort l’angoissait, évidemment, mais surtout celui de sa famille. Et il pensait à son assistant, Fu, et au jeune Zhao. Ils ne méritaient pas le sort qui les attendaient si son plan était mis à exécution.
Encore une fois, il repensa à ce que son père lui avait dit. A sa vie. A ce que le régime lui demandait de faire. Sa conscience ne pouvait pas l’admettre. Il ne pouvait pas laisser commettre un tel meurtre sans réagir, d’autant que la Chine et les Etats-Unis n’étaient pas en guerre. Défendre sa patrie est une chose, agresser lâchement une nation étrangère, et sans dévoiler son identité, en est une autre.
Il sortit de sa chambre et se rendit dans la salle de contrôle, déserte à cette heure. Assis devant la console, il se connecta avec le compte administrateur fourni par Zhao. Ce profil lui donnait beaucoup plus de fonctions qu’un utilisateur habituel : il pouvait notamment modifier une opération programmée à l’avance, et cela sans que son auteur n’en soit informé.
Pendant près de vingt minutes, il reprogramma l’expérience du lendemain, priant pour que le scénario se déroule comme il l’avait prévu. Puis il clôtura la session et se dirigea vers la chambre de Fu.

********

Arrivé devant la porte de son assistant, Wentian cogna. Fu ouvrit, et il reconnu Zhao, appuyé contre un mur. Parfait, ce serait plus simple de voir les deux en même temps.
– Fu, Zhao, je dois vous parler. Mais que faisiez vous tous les deux ?
– Je suis inquiet pour toi, répondit son assistant. J’ai demandé à Zhao de venir pour savoir ce qu’il en pensait. Bien sûr nous sommes tous les trois préoccupés par le comportement des militaires. Mais dans ton cas, on sent une tension terrible. Tu n’as jamais été comme cela auparavant.
– Merci Fu, je suis sur les nerfs, effectivement.
– Tu sais, tu ne risques rien, la découverte du passage fait de toi un héro.
– Je ne pense pas. Au contraire, moi-même mais aussi vous deux sommes des témoins gênants. Nous savons faire fonctionner la plus terrible des armes, mais nous ne sommes pas militaires.
– Pourquoi dis tu « arme » ? Le passage est une expérience scientifique.
– Ecoute Fu, l’opération de demain ne consiste pas à envoyer des ballons sur Jupiter. Ce sont des portes-avions américains qui vont faire le voyage.
Fu et Zhao restèrent sidérés un instant. Puis le premier enchaina.
– Et sur quoi te bases-tu pour dire ça ?
– Sur le programme de demain, que je suis allé voir dans la console, avec le compte d’administrateur de Zhao. Nos amis de l’armée ont paramétré des positions approximatives pour la zone d’ouverture des portes.
– Et alors ?
– Ces points sont situés en mer, altitude zéro. Ce sont donc des navires. Sachant que l’opération est menée par notre armée, il doit s’agir de navires de guerre, probablement des portes-avions et peut-être aussi des sous-marins.
– Mais pourquoi des navires et pas des ballons-sondes ?
– Pourquoi l’un de nos ballons sondes à destination de Jupiter partirait-il du golfe persique ? Pourquoi un autre d’un point au large de l’île de Diego Garcia ? Pourquoi encore un autre près du port militaire de Norfolk ?
– C’est bizarre, mais cela prouve quoi ?
Wentian s’agaçait. La nature de l’opération ne lui paraissait que trop évidente.
– J’ai regardé sur Internet, il s’agit toujours de zones d’engagement ou de bases de la flotte américaine. Certaines sont loin de toute route commerciale. C’est pourquoi on peut exclure des cibles civiles comme des pétroliers ou des paquebots.
– As tu parlé de cela à quelqu’un en dehors de nous ?
– Non, personne en dehors de vous deux.
Zhao ne semblait pas plus convaincu.
– Ecoute Li, va dormir, tu es surmené.
Wentian sentait effectivement la fatigue l’écraser. Il avait prévenu ses collègues, c’était maintenant à eux de s’arranger avec leur conscience. Il les salua et retourna à sa chambre. Le lendemain, il allait avoir besoin d’énergie, et si possible de chance.

********

Le jour J, vers 10h

Le général Yuxiang apparu à la porte de son avion. Pendant quelques instants, il observa le paysage désolé du désert de Gobi, balayé par un léger vent. En bas de l’escalier mobile, le colonel Tazhuo l’attendait ; à côté de lui quatre officiers étaient alignés au garde à vous. Un chauffeur et deux soldats portant un fusil d’assault complétait le comité d’accueil.
Le général descendit, aussitôt suivi par un aide de camp portant une malette de cuir.
– Mes respects, mon général, fit Tazhuo.
– Bonjour colonel. Ne perdons pas de temps, j’ai hâte de voir votre centre de recherche.
Le petit groupe prit place dans trois gros véhicules 4×4 qui prirent immédiatement la route du centre. Moins de trois kilomètres plus loin, elles arrivèrent devant un checkpoint. La barrière se leva immédiatement, et ils s’engagèrent sur une route étroite menant à un ensemble de bâtiments gris. Le convoi stoppa finalement devant le perron du centre.
Tazhuo conduisit le général vers la salle de contrôle, centre névralgique du projet. Yuxiang regarda quelques instant les consoles vidéo et les opérateurs en plein travail, puis dit :
– Colonel, allons s’il vous plait dans une salle sécurisée. Je dois vous parler.
Tazhuo le fit entrer dans une pièce meublée de tables disposées en forme de U. Des boissons fraiches avaient été préparées. Une fois la porte fermée, avec un garde en faction derrière, le général s’assit, enleva sa casquette et commenca son exposé.
– J’ai reçu des ordres précis de la Commission militaire centrale. Comme prévu, nous allons procéder cet après midi à plusieurs ouvertures simultanées de la « grande porte ». L’objectif est toujours l’élimination de la flotte de porte-avions des Etats-Unis.
Tazhuo connaissait cela et ne fit aucune remarque.
– Nos supérieurs ont validé le scénario préparé jusqu’ici, à savoir une attaque de cibles en haute mer uniquement, de façon à maximiser les chances de succès et à minimiser le nombre de témoins.
– Des témoins, il y en aura tout de même. Les portes-avions sont presque toujours accompagnés d’une escorte, fit remarquer Tazhuo. Vu la largeur maximale du passage, il est probable qu’elle ne sera pas complètement détruite.
– Oui, c’est un fait. Mais que verront-ils ? Un navire disparaitre dans un trou noir. Rien qui leur permette d’expliquer le phénomène.
– Justement, fit Tazhuo, ne peut-on pas craindre que les soupçons se portent sur nous ? Une disparition simultanée de bâtiments de la même catégorie, de la même nationalité, en différents points du globe… Cela ne pourra pas être mis sur le compte d’un phénomène naturel.
Yuxiang fit un geste évasif.
– Evidemment, mais pourquoi nous plus que sur les russes, par exemple ? Cet aspect du problème a été longuement débattu en haut lieu. Tout repose sur le fait que américains ne pourront rien prouver. Vous m’avez bien dit que les navires ne pourront pas être retrouvés, c’est bien cela ?
Tazhuo répéta au général l’explication qui lui avait été donnée par Wentian.
– Parfait, fit le général. Jupiter sera donc le tombeau des impérialistes.
Il bu un verre d’eau et continua.
– Voici mes consignes : l’opération doit être menée par l’équipe militaire uniquement. Et je veux y assister.
– Aucun problème, mon général. Que fait-on de l’équipe scientifique qui a fait la découverte ?
– Laissez les sous surveillance pour l’instant, sans contact avec l’extérieur bien sûr. Nous pouvons encore avoir besoin d’eux. Mais si tout se passe bien, dans quelques semaines tout au plus, il faudra s’en débarasser. Je vous préviendrai en temps utile.
Tazhuo se dit qu’il était temps de poser la question qui le démangeait.
– Et ensuite ? Que va-t-il se passer ?
– Cette opération va détruire l’essentiel du danger que représente la flotte américaine. Certes il restera deux portes-avions qui sont actuellement au port, mais s’ils en sortent ils connaitront le même destin. Et de toute façon, il est très probable que les américains les immobiliseront des semaines voire des mois, le temps d’essayer de comprendre ce qu’il s’est passé.
– Comment allons-nous tirer profit de la situation ?
Le général regarda son subordonné dans les yeux.
– Je ne suis pas autorisé à vous en parler. Mais croyez moi, sans ses porte-avions, l’Amérique est un géant de papier. Une fois débarassés de cette menace, certains de nos alliés vont pouvoir mener une politique beaucoup plus… ambitieuse. Et nous aussi, bien entendu.
Yuxiang mis la main dans sa poche et en tira une clé USB qu’il donna à Tazhuo.
– Voici les codes pour une liaison cryptée avec le PC stratégique de Pékin. Etablissez la communication 30 minutes avant l’opération. Ils vous donneront les coordonnées définitives des cibles, telles qu’observées par nos satellites.
Le général prit sa casquette et se leva.
– Le déclenchement aura lieu à 15h. En attendant je vais me dégourdir les jambes. Ce sera tout, colonel.

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

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