Le passage, épisode 10

Ceci est l’épisode 10 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
Pour lire ou relire l’épisode précédent, cliquez ici. Pour reprendre la lecture depuis le début, cliquez ici. N’hésitez pas à me laisser votre avis dans les commentaires !


Une demi-heure après, un debriefing avait lieu dans le bureau ovale. La visioconférence y avait été déplacée pour permettre à Cole, maintenant en Californie, de suivre la discussion.
Le général White parla le premier.
– Monsieur le président, je dois faire amende honorable. Je ne croyais pas à ce phénomène. Ce n’est plus le cas maintenant, et c’est la chose la plus incroyable de toute ma carrière. Pour autant, c’est aussi la plus inquiétante.
– Il faut agir immédiatement, enchaîna le secrétaire à la défense McMullen. Larry a pris un risque insensé, mais cela prouve qu’avec une telle technologie, plus aucun lieu au monde n’est sûr.
La voix de Cole sortit d’un haut-parleur.
– Oui, je n’ai rien ressenti, sauf qu’à l’arrivée, l’ouverture était située à environ 1,5 m du sol. La chute a été un peu brutale…
– N’allons pas trop vite, coupa le président. Est-on sûr que ce passage peut être ouvert partout ? Et à n’importe quel moment ? Cette « technologie » nous est encore inconnue.
– Nous devons envisager le pire, Monsieur le président, fit White. L’homme qui a écrit la lettre nous a fait la démonstration qu’il ne plaisantait pas. Il convient de prendre au sérieux les menaces qu’il décrit contre notre marine.
– Oui, ajouta l’homme de la CIA, c’est sûrement un homme seul qui agit à l’insu de sa hiérarchie. Pourquoi un gouvernement détenteur d’une telle arme, car c’en est une, nous la dévoilerait-il ? Je pense que ce Wentian a compris qu’on envisage de tuer avec elle, et qu’il a un problème de conscience.
– Avez vous eu des informations sur lui ? fit le président.
– Pas la moindre. Il y a des milliers de personnes en Chine qui travaillent sur des projets classifiés. Beaucoup ont des patronymes très similaires, ce qui complique les recherches. Nous trouverons peut-être quelque chose, mais cela peut prendre du temps.
– OK. Général White, que fait-on pour les navires ?
– La marine doit donner son avis, mais la réponse est évidente : on les déroute, et juste avant l’heure indiquée. Et pas question de les rappeler au port : dans trois jours, la plupart seraient encore en mer.
– D’accord, transmettez cet ordre à la marine, si besoin établissez une conférence d’urgence avec nos amiraux dans la Situation Room.
Il tenait la lettre en face de lui.
– Admettons que la Chine soit bien derrière tout cela. Le centre de recherche dont la position est indiquée ici existe-t-il vraiment ?
– Oui, fit l’homme de la CIA. Pas sur les cartes officielles, mais nos satellites le connaissent bien. Son rôle était jusqu’ici inconnu.
– J’imagine qu’il est difficile de le détruire de façon, disons, chirurgicale ?
– Difficile ? Non, fit White. Impossible. Il est trop éloigné de la mer pour un missile de croisière ou une attaque aérienne. Nous n’avons aucun pays allié proche et de toute façon, notre implication serait évidente. Cela pourrait entrainer une escalade militaire avec la Chine.
– Je veux que vous y réfléchissiez pourtant. Trouvez tous les moyens possibles de raser ce truc. Seule l’option nucléaire est inenvisageable. Nous ne pouvons pas tolérer que des milliers de soldats chinois puissent se retrouver d’un pas sur le territoire américain.
Le président regarda ses interlocuteurs, comme pour être sûr de bien avoir été compris.
– Et il me faut la certitude, j’ai bien dit la certitude, que tout cela vient de la Chine. Après tout, on ne peut exclure une manoeuvre d’un pays tiers pour nous pousser à la faute et provoquer une guerre.
– J’y crois peu, Monsieur le président, fit White. Qui serait-ce alors ? Les russes ? Peu probable. Pourquoi dévoiler une telle invention ?
– Et pour cet avion d’American Airlines ? Est-ce possible ?
L’homme de la CIA désigna un dossier sur la table.
– Oui, d’après le NTSB l’énigme est totale. Je suggère de leur demander d’arrêter les recherches. Bien entendu, sans leur dire ce qui s’est réellement passé.
– OK, faisons comme ça.
Tout le monde se leva. Le président balaya les autres du regard et ajouta :
– Bien entendu, tout cela doit rester confidentiel. Toutes les personnes présentes dans les jardins tout à l’heure doivent s’y engager. Qu’adviendrait-il si on apprenait qu’une puissance étrangère peut entrer à volonté dans la Maison Blanche ?

*********

Duke arriva en retard à la téléconférence. Il s’assit autour d’une table aux côtés de Rob Gerschwin. A l’autre bout, un téléviseur surmonté d’une caméra.
– Avec qui allons nous encore bavasser ?
– Aujourd’hui c’est du sérieux. Il y aura Barnett et même un type de la CIA.
Duke était sidéré.
– Barnett ? Le secrétaire d’état aux transports lui-même ? Tu rigoles ?
– Puisque que je te le dis. Ils ont du nouveau pour le vol d’American Airlines.
– Et c’est quoi ?
– Aucune idée. Attention, ça commence.
Une suite de bip signala que la conférence allait commencer. Puis un témoin rouge s’alluma sur la caméra, indiquant qu’elle entrait en fonction. Sur la télévision apparurent alors deux hommes : un gros en bras de chemise, et l’autre, un moustachu en costume sombre. Duke reconnu Barnett mais pas le second.
Le secrétaire d’état parla en premier.
– Hello Rob, comment vas-tu ?
– Ca ira si tu m’apportes de bonnes nouvelles. Ah, je te présente Charles C. Duke, qui dirige l’enquête sur le vol AA671.
– Ravi de vous rencontrer, Charles. Avez vous du nouveau sur cette disparition ?
Duke s’éclaircit la voix. Ce n’était pas tous les jours qu’on devait rendre compte à un membre du gouvernement.
– Rien monsieur. L’avion semble toujours s’être volatilisé. Plusieurs navires tentent actuellement de retrouver des débris.
– OK, je vois.
Barnett fit une pause puis reprit.
– Rob, on arrête les recherches. Tous les bateaux doivent rentrer.
– Ah ? Que s’est-il passé.
– Ce qui est arrivé à cet avion est confidentiel. Ordre du président.
– Du président ? Mince, y a-t-il des survivants ?
– Non.
Cela voulait dire des dizaines de morts. Il y eu trois secondes d’un silence particulièrement désagréable. Duke le brisa le premier.
– Mais comment justifier l’abandon de l’enquête ? Et que va-t-on dire aux familles ?
L’homme qui était assis à côté de Barnett ouvrit la bouche pour la première fois.
– Nous réfléchissons à un scénario crédible. Une annonce publique sera faite très bientôt.
– En clair, vous allez mentir ?
– Pour le moment nous n’avons pas le choix.
– Est-ce un acte terroriste ?
Cette fois-ci, c’est Barnett qui répondit.
– Désolé Charles, nous ne pouvons pas en parler pour l’instant.
– S’il y a eu défaillance de l’avion, nous devons le savoir, car cela engage la sécurité de milliers de personnes.
– L’avion n’est pas en cause. Nous vous préviendrons avant de communiquer publiquement. Ce sera tout.
Un peu plus tard, dans le bureau de Gerschwin, Duke, le regard vide, pensait à voix haute.
– Il a tout arrêté. En trois minutes, sans rien nous donner comme explication. Dire que je parlais pour la première fois avec un secrétaire d’état.
– Ecoute Charlie, c’est comme ça, lui répondit Gerschwin, l’air résigné. C’est un problème politique. Mais je ne te cache pas que je suis mal à l’aise. En 15 ans je n’ai jamais vu ça.
– Ont-ils seulement le droit de nous enlever le dossier ?
– Oui, car nous sommes un organisme gouvernemental.
– Et pourquoi ? Le secret sur une catastrophe aérienne, si c’en est une, c’est totalement inédit. Est-ce qu’on nous cache un attentat ?
– C’est possible, ça expliquerait qu’on rappelle les navires.
Gerschwin se mit à jouer machinalement avec un stylo.
– Qui sait, il y a peut-être bien une épave, mais simplement pas là où nous la cherchons.

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s