Le premier vol d’Orion

Un petit article d’actualité : hier la NASA a réussi avec brio le premier vol de son nouveau vaisseau spatial, Orion. Sa durée totale a été de 4h24 et il a permis au nouvel engin de s’éloigner à 5800 km de la Terre, avant de rentrer dans l’atmosphère à plus de 32.000 km/h.

Pourtant, au premier abord, l’évènement semble plutôt banal. Banal parce qu’Orion, c’est une capsule spatiale traditionnelle, proche du module de commande des missions Apollo, et bien éloignée du concentré de technologie qu’était la défunte navette spatiale. On pourrait même dire qu’en matière de véhicule spatial, les Etats-Unis ont régressé : Orion transporte 4 personnes contre 8 pour la navette, et aucune charge utile. L’espace disponible à bord est minuscule (20 m3 contre 71 m3 pour la navette) et l’absence de sas interdit d’effectuer des sorties extra-véhiculaires.

Et pourtant, c’est une avancée immense.

D’abord parce qu’avec Orion, les Etats-Unis récupéreront (certes en 2020 au plus tôt) un moyen indépendant d’accès à l’espace, ce qui leur fait défaut depuis la mise à la retraite de la dernière navette, Endeavour, en juillet 2011. Pour le moment, la nation qui a débarqué sur la Lune en est réduite à compter sur le vieux Soyouz pour les liaisons avec la station spatiale internationale. Car si l’engin russe date des années 60, il est très fiable.

Or c’est là un deuxième avantage d’Orion. Sa conception est certes simple mais robuste ; il promet donc d’être plus sûr que les navettes spatiales dont les accidents ont traumatisé l’Amérique. La capsule est un élément de petite taille, donc plus résistant qu’une structure allongée comme la navette. Il n’a pas à planer au moment du retour sur Terre, ce qui simplifie drastiquement son emploi et son entretien. Sans parler de son coût considérablement plus réduit. Et il peut aterrir n’importe où, sur l’eau ou sur terre (même si l’amérissage seul sera pratiqué), alors que la navette avait besoin non seulement d’un aéroport, mais d’une piste particulièrement longue.

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L’innovation technologique n’est pas absente : Orion embarque un cockpit entièrement tactile, qui fait furieusement penser à nos chères tablettes et autres iPads. L’intérêt est de simplifier considérablement la construction et l’évolutivité du vaisseau. Auparavant, chaque commutateur nécessitait un fil électrique. Avec un écran tactile, le câblage disparait, et si l’on veut ajouter ou modifier un bouton, il suffit de faire une simple mise à jour logicielle. Un même écran peut aussi afficher plusieurs boutons différents au cours du vol, ce qui réduit considérablement la place nécessaire pour le tableau de bord.

L’absence de charge utile n’est pas non plus un problème, le modèle économique de la navette ayant été un échec : il est beaucoup moins coûteux d’envoyer un satellite avec un lanceur inhabité type Ariane. Orion servira uniquement au transport humain.

Par ailleurs, l’Amérique peut maintenant compter sur les entreprises privées comme SpaceX pour véhiculer son fret. Le vaisseau spatial Dragon n’a presque rien à envier à Orion, si ce n’est qu’il n’est pas conçu pour aller au-delà de l’orbite terrestre.

Le tableau de bord d'Orion (source: Cult of Mac)
Le tableau de bord d’Orion (source: Cult of Mac)

Et c’est là qu’est la dernière avancée du programme. Orion a été prévu pour des voyages spatiaux interplanétaires, c’est à dire à destination de la Lune et peut-être un jour aussi de Mars. Certes, la petite capsule ne peut seule faire le trajet vers la planète rouge ; il faudrait lui ajouter des modules d’habitation, des réserves d’oxygène et de carburant, etc. Mais ses équipements sont prévus d’emblée pour s’éloigner de la Terre : son bouclier thermique, par exemple, peut résister à la chaleur d’un retour dans l’atmosphère en provenance de la Lune, ce qui implique des vitesses bien plus grandes qu’en cas de « simple » voyage orbital.

Alors est-ce qu’Orion ira un jour sur la planète rouge ? Le programme a été initialement lancé par G. W. Bush en 2004 et modifié par B. Obama en 2010. Après la mise au point du vaisseau, l’étape suivante est de faire voler la fusée géante SLS. Ensuite, il faudra poser à nouveau le pied sur la Lune, ce qui est impératif pour remettre à jour les techniques de débarquement planétaire.

Et après ? Tout dépendra des contraintes financières et politiques. Comme jadis avec l’URSS, une compétition avec les chinois serait une excellente motivation pour la NASA. Et une coopération internationale, avec l’Europe notamment, s’imposera sans doute pour diminuer les coûts. Mais qui sait ? Dans quarante ou cinquante ans, Orion orbitera peut-être autour de Mars. En attendant, vous pouvez déjà parcourir la planète rouge grâce aux auteurs de science-fiction.

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