Nexus, de Ramez Naam

Après Seul sur Mars et Interstellar, je vous propose de revenir sur Terre avec Nexus, le premier roman de Ramez Naam.

L’auteur est un ingénieur américain d’origine indienne, ancien de Microsoft chez qui il a participé au développement de logiciels comme Outlook, Internet Explorer et le moteur de recherche Bing. Il a également fondé la start-up Apex Nanotechnologies, au nom évocateur et certainement source d’inspiration pour ce roman.

Ouvrons le livre et faisons un bond en 2040, sur la côte ouest des Etats-Unis. Une drogue, le Nexus 3, permet d’accroitre considérablement les capacité des humains grâce à l’action de nanostructures. Mais un groupe de hackers dirigé par un certain Kaden Lane réussit l’impensable : il modifie la substance de telle sorte qu’elle donne au cerveau la capacité de faire tourner un système d’exploitation informatique ! La nouvelle version, dite Nexus 5, a en outre un gros avantage : une seule dose a un effet permanent, là où le Nexus 3 n’agit que quelques heures.

L’utilisateur peut alors acquérir des compétences comme la maitrise d’une langue étrangère par simple installation d’un programme. Il peut aussi confier à un logiciel le soin de contrôler son corps (mouvements, rythme cardiaque et respiratoire, etc.) dans des phases critiques comme un combat à main nues ou un entretien important. De même, certains messages ou alertes lui sont présentés sous forme d’icônes qui apparaissent en surimpression dans son champ de vision.

Mais le Nexus 5 a aussi un incroyable effet « social » : grâce à lui, le cerveau a la capacité d’émettre des ondes radio à courte portée. On peut ainsi se « connecter » aux personnes situées à proximité et partager avec elles tout ce que contient son esprit : les pensées mais aussi le savoir, les émotions, les sensations…

Dernier effet, plutôt angoissant cette fois : une personne sous Nexus 5 peut prendre le contrôle mental d’une autre sous Nexus 3, en faisant ainsi une sorte d’esclave.

Kaden Lane et ses amis n’ont pas le temps de paufiner leur invention : leur groupe est repéré par l’ERD, une agence du gouvernement américain dotée de pouvoirs étendus et dont les décisions échappent au contrôle de la justice. L’ERD confie à Samantha Cataranes, une jeune femme aux capacités physiques « améliorées », la mission d’infiltrer les hackers. Grâce à elle, ils sont arrêtés et on propose à Lane un choix très simple : la prison à vie, ou bien une mission d’infiltration d’une équipe de neuroscientifiques chinois dirigée par Su-Yong Shu. Car il semble que ces derniers aient inventé un équivalent du Nexus 5, qu’ils utiliseraient pour manipuler des dirigeants étrangers et créer pour leur gouvernement une armée de super-soldats.

Surveillé par Samantha, Lane part en Thailande, à Bangkok, pour un forum scientifique où il doit rencontrer Shu. Il est suivi à son insu par Watson Cole, un de ses amis décidé à le protéger. Sur place, coincé entre l’ERD, des moines bouddhistes très spéciaux et des super-soldats chinois, il va avoir fort à faire pour protéger son invention…

Nexus est caractéristique de la mouvance dite « cyberpunk » : un futur assez proche, beaucoup d’informatique et de technologies avancées, et une société partagée entre un pouvoir avide de contrôle et des « résistants » décidés à défendre leurs droits en combattant le mal par le mal.

Les Etats-Unis, nation qui incarne traditionnellement la liberté, sont devenus en 2040 un quasi-état policier où, sous couvert de protéger les citoyens contre les « risques technologiques », on piétine leurs droits fondamentaux. Du coup, les américains apparaissent aussi menaçant que les chinois, et les gouvernements plus dangereux que la technologie elle-même.

Le livre met en scène le combat qui s’annonce sans pitié entre deux camps : d’un côté les transhumains, définis comme des « humains dont les capacités ont été améliorées jusqu’à excéder les maxima normaux » , comme Samantha, et de l’autre côté les posthumains, des transhumains tellement éloignés de l’homme physiquement et mentalement (grâce au Nexus 5) qu’ils constituent une nouvelle race.

Le recours aux nanotechnologies est assez plausible : les recherches actuelles montrent que des structures moléculaires de l’ordre du nanomètre (d’où leur nom) permettraient à un médicament d’agir seulement en un point précis du corps humain. Cela ouvrirait des perspectives nouvelles dans la lutte contre le cancer par exemple, et des entreprises comme Google s’y intéressent.

On est toutefois encore très loin de pouvoir faire tourner Linux ou Windows avec son cerveau. D’ailleurs, si le livre est un techno-thriller, il ne cherche pas la crédibilité : hormis l’allusion aux nanotechnologies, il n’y a aucune tentative d’explication scientifique du fonctionnement du Nexus. Tout au plus l’auteur s’amuse-t-il à utiliser le vocabulaire qu’il connait – celui de l’informatique.

L’accent est donc mis sur le divertissement du lecteur, avec quelques clins d’oeils. Certains passages font ainsi penser au film Matrix, notamment l’ajout de compétences à un être humain via un logiciel. La scène d’introduction, notamment, est assez réussie, Kaden Lane y testant un programme de séduction qui, tel Jean-Claude Duss, « plante » au moment crucial 😉 On note aussi un intéressant parallèle entre les capacités mentales offertes par Nexus 5, et les états de méditation auxquels on parvient en pratiquant le bouddhisme.

C’est donc un premier roman réussit pour Ramez Naam, qui fait preuve d’originalité tout en laissant l’histoire suffisamment ouverte pour une suite. Celle-ci, baptisée Crux est sortie en août 2013 aux Etats-Unis mais n’a pas encore été traduite en français.

Nexus serait en cours d’adaptation au cinéma par le studio Paramount.

Ma note : 4 sur 5

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