Le passage, épisode 8

Ceci est l’épisode 8 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
Pour lire ou relire l’épisode précédent, cliquez ici. Pour reprendre la lecture depuis le début, cliquez ici. N’hésitez pas à me laisser votre avis dans les commentaires !


A 23h, Wentian prétexta un oubli à la sécurité et alla frapper à la porte de la chambre de Zhao. L’informaticien était en train de surfer sur internet, les écouteurs blancs de son iPod vissés sur les oreilles.

– Zhao, je peux te parler deux minutes ?
– Oui, qu’est-ce qui se passe ?
– Je sais qu’il est tard, mais j’aurais besoin de ton compte d’administrateur, celui qui donne accès à toutes les fonctions du logiciel.
– Si tu veux, mais s’il te faut une fonction précise, je peux la rendre accessible à tous les utilisateurs.
– Non, en fait j’ai simplement besoin de jeter un coup d’oeil dans les archives de nos tests.
– Maintenant ?
– Oui.
Incrédule, Zhao nota les identifiants sur un papier et le tendit à Wentian.
– Tu es fou de travailler la nuit. Tu as peur pour ton poste ?
– Peut-être.

Wentian se rendit ensuite au laboratoire. Il ne pouvait raisonnablement pas y rester très longtemps, alors il fit vite. Assis devant la console du logiciel, il s’y connecta avec le compte de Zhao. Il pouvait ainsi avoir accès aux destinations programmées pour le lendemain. Elles étaient bien situées sur Jupiter.
A tout hasard, il consulta la source des passages. Il s’attendait à les trouver dans une région quelconque du désert de Gobi. Ce qu’il vit le sidéra. Un commentaire indiquait toutefois : « valeurs provisoires, à confirmer 15 minutes avant l’ouverture ».
La main tremblante, il nota les positions sur un papier et retourna rapidement dans ses quartiers.

**********

Wentian avait allumé sa petite télévision murale. La chaine d’état CCTV diffusait un reportage sur les opérations américaines dans le golfe persique. Une flotte avait été envoyée dans ce secteur pour assurer la sécurité des monarchies pétrolières vis à vis de l’Iran.
L’ingénieur en chef sentit ses craintes prendre forme. Il se connecta sur Internet et plaça sur une mappemonde virtuelle des repères correspondants aux positions relevées dans le logiciel. Elles étaient situées en mer. D’abord décontenancé, il réfléchit puis la lumière se fit. Il n’y avait guère de doute.
Wentian prit sa tête dans ses mains. Que faire ? Il comprenait à quel point il avait été berné. Shén mén était une découverte scientifique majeure, mais c’était surtout l’arme absolue. Même la bombre atomique faisait pâle figure à côté. Et lui, Li Wentian, avait permis à son pays de la maitriser. Mais pour en faire quoi ?
– Pour tuer des milliers d’innocents.
Il avait parlé tout haut. Oui, chaque passage ouvert le lendemain allait tuer au bas mot trois à quatre mille personnes. Et bien entendu, il ne s’agissait que de la première salve.
Et le plan était finement conçu. Ses chefs avaient su exploiter à une vitesse stupéfiante ce phénomène tombé du ciel. Ils pourraient en user et en abuser à leur guise, car Shén mén n’était pas une arme dissuasive, donc publique. Son intérêt résidait au contraire dans son caractère totalement original, qui provoquerait l’incompréhension. Il n’y aurait donc pas de signature. L’emploi d’une bombe atomique soulèverait une réprobation internationale immédiate, surtout sans la justification de légitime défense. Mais le passage, un phénomène inexpliqué et très certainement inconnu hors de Chine ?
Wentian repensa encore une fois à son père, et à son pays. Il allait agir. Tout de suite.

**********

Sa malette de cuir noir à la main, Larry Cole traversa le couloir menant au bureau ovale, dans l’aile droite de la Maison Blanche. La situation internationale était calme ce matin, mais il souhaitait s’entretenir avec le président des moyens de prévenir la menace iranienne. En tant que conseiller à la sécurité nationale, sa tâche consistait à identifier les menaces potentielles et à proposer une politique pour chacune d’elles. Et aujourd’hui, c’était l’empire des mollahs qui semblait le plus inquiétant. Sans doute parce que le développement de leur bombe atomique avançait à grands pas.
Cole passa le contrôle de sécurité, et salua l’assistante, qui lui fit signe d’entrer.
– Le président vous attend.
Cole pénétra dans le bureau présidentiel. La première fois, il avait ressenti comme une tension à l’idée d’être présent dans ce lieu quasi mythique. Aujourd’hui, après trois ans de travail, c’était devenu un acte parfaitement anodin. Du moins avait-il cette impression jusqu’à cet instant précis.
Car dans la pièce, une scène étrange l’attendait. Le président des Etats-Unis, debout, observait l’un des canapés placés en vis à vis.
– Bonjour, monsieur le président.
Celui qu’on surnommait l’homme le plus puissant du monde le regarda, et demanda, l’air inquiet.
– Larry, qu’est-ce que c’est que cela ?
Cole manifesta son incompréhension et, d’un mouvement de tête, le président désigna un objet posé sur le canapé. Il s’approcha et reconnu une feuille de papier manuscrite.
– Cette lettre ?
– Lisez-la, Larry, s’il vous plait.
Cole la saisit et décrypta un texte en mauvais anglais.

« Monsieur le Président,
Dans trois jours, mon pays, la République Populaire de Chine, s’apprête à faire disparaitre plusieurs navires américains, ce qui entrainera la mort de leur équipage.
Je manque de temps et ne puis vous expliquer le processus en détail, mais nous disposons d’une arme nouvelle et terrifiante. Elle consiste à créer un passage entre deux points de l’univers.
Demain, à une heure encore indéterminée, un passage de ce type s’ouvrira devant plusieurs de vos bâtiments. Il les transportera en un lieu d’où ils ne pourront jamais revenir.
C’est par ce moyen que cette lettre a abouti dans votre bureau.
C’est aussi ce passage que le vol American Airlines AA671, disparu récemment, a emprunté suite à une erreur de notre part. Les occupants de l’avion sont morts et toute recherche d’épave est inutile.
Afin de vous donner une preuve de ce que j’avance, je vous informe que dans 3 heures, soit à 5h du matin heure de Chine continentale, une porte s’ouvrira dans les jardins de la Maison Blanche. Elle aboutira à la base militaire de Camp Pendleton, en Californie. Elle restera ouverte une minute. Une personne peut la traverser sans crainte dans les deux sens.
Monsieur le président, je vous conjure de prendre au sérieux cette lettre. Une fois que vous aurez pu vérifier que le phénomène décrit ici est bien réel, je vous demande instamment de modifier le plus vite possible le cap des batiments dont la liste suit. Ceci doit être fait dans 3 jours à 15h. Compte tenu de leur vitesse, cela devrait leur permettre d’échapper temporairement à la destruction. Ne faites rien avant, car sinon nos satellites le repèreront, ni après, sans quoi les navires seront trop proches de l’endroit où notre arme agira.
J’écris cette lettre depuis un centre de recherche dont la position est indiqué ci-après. Je suis ingénieur, chargé du développement de cette arme. J’agis seul, je n’ai aucune personne à qui me fier. Je ne suis pas sûr de pouvoir empêcher cette arme de fonctionner très longtemps. Mais je sais que, pour le moment, nos connaissances sur ce sujet sont rassemblées dans ces locaux. Pour neutraliser cette menace, il est nécessaire de les détruire. Je vais tenter, toutefois, de protéger ma famille.
Li Wentian. »

Cole réfléchit. On n’était pas le premier avril. Il regarda le président en souriant.
– Celui qui a fait cela est très fort. Mais la question est comment ?
Le président le fixa.
– Larry, j’ai vu un disque noir apparaitre au milieu de cette pièce, et cette lettre en sortir.
Cole jeta alternativement un oeil au papier et au président.
– Il s’agit d’une plaisanterie. J’ignore quel est le truc utilisé, mais ce n’est rien de plus.
– Quand sera-t-il 5h en Chine ?
Cole tira son smartphone de sa poche.
– Vu le décalage horaire avec Washington, dans 2h33 minutes exactement.
– OK, alors c’est le temps qui nous reste. Je veux que tout le monde soit prêt à observer ce que cette lettre décrit. Il faut des caméras pour filmer – je ne parle pas de la presse bien sûr, mais de quoi garder un témoignage numérique. Et aussi toutes les personnes que vous jugerez compétentes pour l’analyser, avec discrétion bien entendu. Je veux que le secrétaire à la défense soit présent également. Et prévenez aussi Camp Pendleton.
– Monsieur le président, vous n’allez pas prendre au sérieux…
Le président posa sa main sur son bras.
– Larry, à votre place j’aurais eu la même réaction que vous, mais j’ai VU ce papier surgir de nulle part. Je prends le risque de passer pour un fou, je sais. Mais j’ai aussi besoin que la CIA me dise ce qu’elle a sur ce Wentian. Faites vite, s’il vous plait.
Cole n’insista pas, et ressortit du bureau, sidéré.

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

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