Le passage, épisode 7

Ceci est l’épisode 7 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
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Wentian commença à paniquer. Il n’aurait jamais du faire cette expérience seul. Maintenant il allait devoir s’expliquer sur l’incident. Et les conséquences seraient… mais il préféra essayer de ne pas y penser. Pendant quelques instants, d’un air las, il regarda l’espace vide devant lui. Puis il fit demi-tour et allait marcher vers la maison de son père, quand un détail le frappa. Il sentait un bruit de vent derrière lui. Il se retourna.

Le passage était à nouveau ouvert.

Sans réfléchir, il courut, le traversa d’un seul coup et, emporté par son élan, termina sa course en heurtant violemment une armoire métallique. Puis il ouvrit les yeux, hébété. La lumière d’un néon l’éblouit. Il se trouvait dans une pièce éclairée, chauffée, et reconnu le laboratoire. Devant lui, complètement sidéré, se tenait Fu Liaobang.

– Que… qu’est-ce qui s’est passé ? balbutia son assistant.
– J’ai essayé de le faire.
– Quoi ? Le test du voyage humain ? Tu l’as fait seul ? Mais pourquoi ?
Wentian réfléchit quelques secondes avant de répondre.
– Je voulais essayer, j’étais terriblement impatient de savoir si ça marcherait.
– Tu aurais du attendre le jour, lorsque tout le monde est présent. Tu as pris un risque énorme ! Quand j’ai vu le passage ouvert, ici, en plein laboratoire, j’ai eu le réflex de le couper, en pensant à un incident comme celui de la dernière fois. Puis j’ai vu qu’une destination avait bien été programmée, alors je l’ai réouvert. Heureusement que tu m’avais parlé de la maison de ton père…
– N’en parlons plus. C’était une erreur.
Sans attendre d’autres questions embarrassantes, Wentian repartit vers ses quartiers.

**********

Le lendemain, Wentian et Liaobang commencèrent à former la nouvelle équipe. Hormis Hua Meifeng, elle comptait 3 ingénieurs, tous de même profil : formés à l’Académie des sciences de Pékin, et recrutés par l’armée. Ils commencèrent par une présentation générale des équipements.
– Voici les consoles de commande. Elles sont reliées à une batterie de serveurs hébergés dans la salle technique, au bout de ce couloir. Les applications sont en grande partie celles développées à l’origine pour le projet Foudre Divine, ayant pour but la création d’une arme électromagnétique. Après la découverte accidentelle du Passage, les ressources ont intégralement été réaffectée au projet actuel.
Wentian s’arrêta devant deux écrans plus larges que les autres.
– Ici se pilote le logiciel spécifiquement développé pour le passage. Il permet notamment la sélection du point de départ, de l’arrivée, et de la largeur du passage. Un timer permet de programmer une ouverture et fixer sa durée. La localisation d’un point sur Terre se fait grâce aux coordonnées géographiques standards. Dans l’espace, on utilise un autre référentiel dont le point central est notre soleïl.
L’équipe traversa plusieurs pièces avant d’aboutir dans une salle d’environ 10 mètres sur 10, au revêtement entièrement blanc, et éclairée d’une intense lumière par d’innombrables appliques. Le plafond était à au moins 20 mètres de hauteur. Au centre, trônait une étrange machine cylindrique qui semblait constituée d’un assemblage de bobines. De multiples câbles électriques la reliaient aux murs.
– Voici le générateur. Il a été développé à l’origine pour produire un champ magnétique intense et essayer de le focaliser sur des objets, afin d’étudier quels effets il pourrait engendrer. Mais aujourd’hui, il a une toute autre fonction.
Ils retournèrent dans la salle de contrôle. Le groupe commença à poser des questions.
– Le passage a-t-il été testé par des humains ?
– Non, mentit Wentian en se forçant à ne pas regarder son assistant.
– Donc comment peut-on être sûr qu’il est sans danger ?
– Les sondes qui l’ont traversé n’ont rien détecté qui présente un risque. En fait, on passe directement de l’environnement de départ à celui d’arrivée. Il n’y a aucune étape intermédiaire.
– Combien de personnes faut-il pour commander l’ouverture ?
– Théoriquement une seule, si elle maitrise le logiciel et que le générateur est branché.
– Sur quoi travaillez vous en ce moment ?
– Nous voulons affiner encore le système de positionnement, pour que l’ouverture se fasse très précisément à l’endroit voulu. Cela dit, pour l’instant, notre précision maximale est d’environ deux mètres.
L’un des membres du groupe regarda l’ingénieur chef droit dans les yeux et parla lentement, d’un ton parfaitement monocorde, presque menaçant.
– Vous serez décoré pour votre travail, professeur Wentian. Cette découverte va être un atout immense pour notre pays.
L’intéressé ne répondit pas. Cette phrase semblait tout sauf un compliment.

**********

Le colonel Tazhuo et deux aides de camp s’assirent autour de la table de conférence. Au milieu de celle-ci, un téléphone mains libres sécurisé les reliait directement au ministère de la défense, à Pékin. Tazhuo déclina son identité et commença.
– Mes respects, mon général.
La voix du ministre était totalement dénuée d’émotion.
– Où en est Shén mén, colonel ?
– Nous serons prêts sous 48 heures. Je souhaite donc connaitre les objectifs de la phase opérationnelle.
La ligne grésilla légèrement.
– Ils vont vous être transmis par voie sécurisée. Toutefois certains sont mobiles, par conséquent le relevé définitif de leur position ne vous parviendra que quinze minutes avant le déclenchement. Vous attendrez donc mon signal pour agir.
– Bien mon général.
– Colonel, dans moins de deux jours, la situation géopolitique mondiale sera transformée, et cela au profit de la Chine. Je compte sur vous.
On entendit un claquement, et la ligne raccrocha.

**********

23h10. Wentian méditait dans sa chambre. La formation de l’équipe militaire continuait. Les ingénieurs étaient maitenant capables d’utiliser le logiciel d’ouverture du passage, et comprenaient les bases du processus. Wentian avait travaillé avec eux plus de dix heures. Les trois hommes étaient très motivés. Bientôt ils en sauraient autant que lui.
C’était cela qui l’angoissait le plus. Il ressentait ce transfert de compétences comme une marque de défiance de la part du colonel. Et le projet d’envoi de plusieurs ballons confirmait ses craintes quant à la finalité du projet : pourquoi confier à l’armée, avec un calendrier si serré, une mission d’exploration d’une planète lointaine ? Il n’y avait aucune raison d’aller trop vite, sauf si le colonel avait des raisons de croire qu’une puissance étrangère menait des recherches équivalentes. Mais cela semblait peu probable.
Alors quoi ? Le gouvernement voulait-il installer une base sur Jupiter ? Pourquoi pas, après tout. Depuis la mission Shenzhou 5 en 2003, la Chine savait envoyer des hommes dans l’espace. Le passage leur permettrait d’effectuer des voyages jusque là inaccessibles. La colonisation de la planète Mars, par exemple.
Wentian avait cependant encore des doutes. Non, il y avait trop de précipitation pour parler de science. Le colonel voulait autre chose, mais quoi ?

**********

Le lendemain soir, Wentian s’entretint avec Hua Meifeng pour faire le point sur la préparation des ingénieurs.
– Je suis content de vous, fit Wentian en simulant la sincérité. Vous êtes opérationnels. Franchement je ne croyais pas arriver à vous former en si peu de temps.
– Merci professeur. Nous avons essayé de tirer le meilleur de votre enseignement. Nous pouvons donc passer à l’étape suivante.
– Et quelle est-elle ? Wentian sentait que les évènements lui échappaient.
– Comme l’a dit le colonel, nous ouvrirons demain plusieurs passages simultanément. Des ballons vont être expédiés sur Jupiter.
– Et où sont-ils ? Nous n’en avons qu’un seul en réserve ici.
– Ils sont fournis par l’armée, et seront lâchés depuis un autre site.
– Combien en utiliserez vous exactement ?
Meifeng hésita une seconde.
– Une dizaine.
– Aurez vous besoin de moi pour cette opération ?
– Nous allons tâcher de la mener seuls. En cas de problème, nous ferons appel à votre assistant. Il importe que nous soyons autonomes. Quant à vous, je pense que vous méritez de vous reposer un peu. Pourquoi ne pas rendre visite à votre famille ?
– Je préfère rester ici au cas où.

Wentian prit congé et, arrivé dans sa chambre, ressentit le même malaise que les jours précédents. On l’écartait. On lui suggérait même de rentrer chez lui. Et après ? Que faire ? Parler de cela avec Fu ?
Il ne voulait pas essayer de dormir ; la fatigue accumulée depuis le début du programme ne suffisait pas. Il voulait savoir, savoir à tout prix.

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

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