Le passage, épisode 6

Ceci est l’épisode 6 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
Pour lire ou relire l’épisode précédent, cliquez ici. Pour reprendre la lecture depuis le début, cliquez ici. N’hésitez pas à me laisser votre avis dans les commentaires !


Wentian pianotait sur la console. En théorie il travaillait à la simplification du programme d’ouverture du passage, mais son esprit était ailleurs. Comment vérifier si son intuition, ou devrait-il plutôt dire ses peurs, étaient fondées ?

Fu l’interrompit dans ses réflexions.
– Tout va bien ?
– Oui.
– Peut-on commencer la préparation de la phase 3 ?
Il s’agissait de préparer un nouvel envoi d’un ballon sonde sur Jupiter. Cela fit réagir Wentian.
– Fu, tu crois vraiment que ce programme est à finalité scientifique ?
– J’ai des doutes, mais je fais confiance à nos chefs. Pourquoi ?
– Rien, une idée comme ça.
Ils continuèrent leur travail. L’ordinateur fut programmé pour une tentative le lendemain, à 10h.

**********

Duke reçut le coup de fil vers 19h. C’était Jeffrey Davis.
– Passe chez moi, fit ce dernier, j’ai quelque chose qui pourrait t’intéresser.
L’enquêteur du NTSB ne se le fit pas dire deux fois. Trois quart d’heure après, Davis lui tendit une enveloppe.
– Regarde.
A l’intérieur, plusieurs photos. Sur la première, on distinguait un nuage de forme très allongée. Sur la deuxième, le même nuage et, oh surprise, une minuscule croix argentée qui s’avérait être un avion, volant en direction du nuage.
– Quelle est l’échelle de temps de ces images ?
– Une minute entre chaque. Et tu n’as pas encore regardé la dernière.
Il en restait une en effet. Duke y jeta un oeil et n’en cru pas ses yeux.

**********

Le colonel Tazhuo convoqua Wentian et Liaobang. En entrant dans le bureau, ils trouvèrent le colonel avec un inconnu.
– Je vous présente Hua Meifeng, ingénieur au ministère de la défense. Lui et son équipe vont participer à vos travaux. Je veux que nos connaissances soient partagées avec eux. Ils doivent maitriser parfaitement le positionnement du passage.
Tazhuo marqua un silence de quelques secondes, comme pour donner un côté solennel à la suite.
– Nous allons également accélerer nos tests. Plusieurs ballons de l’armée vont être expédiés sur Jupiter dans une semaine.
– Plusieurs ?
– Oui. Il nous faut des résultats. Cette opération devra être menée par la nouvelle équipe.
Wentian ne put masquer son étonnement.
– C’est un délai bien court pour maitriser le processus d’ouverture.
– Il faut pourtant qu’il soit tenu, balaya le colonel. Nos supérieurs viendront sur le site ce jour là. Il importe de leur montrer notre savoir-faire.
– Bien, mon colonel, répondit Wentian, impassible.
Puis il pensa intérieurement.
– Mes jours sont comptés.

**********

La nuit suivante, Wentian se leva vers 2h, s’habilla et se rendit dans le laboratoire. Il avait expliqué à la sécurité que, étant sujet aux insomnies, il se remettait au travail pour arriver à s’endormir. Quoique peu convaincu, le garde armé l’avait tout de même laissé entrer. Après tout c’était le scientifique le plus important du programme.
Wentian pianota quelques minutes sur la console. Allait-il vraiment faire cela ? Il le fallait, il devait être sûr que c’était possible. Il enclencha le programme d’ouverture du passage et entra une destination. Celle-ci était constituée, sur Terre, de coordonnées géographiques. Il devait d’abord saisir celles du point de départ, le laboratoire. Ces données étaient déjà mémorisées, ce qui n’était pas un problème. Puis il sélectionna un lieu sur une carte virtuelle et reporta les valeurs de latitude et de longitude dans le logiciel. Enfin, il se leva et souleva le clapet de sécurité de l’interrupteur, puis enfonça le bouton vert qu’il protégeait.
Aussitôt, un disque noir se matérialisa en face de lui, de deux mètres de diamètre environ. L’aspect était totalement opaque : pour une raison inconnue, les rayons lumineux ne passaient pas. Il sentit toutefois un violent coup de vent froid en pleine figure. La pression atmosphérique de la destination n’étant pas identique à celle de la pièce, l’air sortait violemment de l’orifice artificiel.
Wentian s’approcha, pris sa respiration et, tout doucement, passa son bras au travers du disque. De l’autre côté il sentit le froid. Rassemblant tout son courage, il passa une jambe au travers de l’ouverture… et ne sentit pas de sol de l’autre côté.
– Merde, l’altitude.
Il se protégea le visage du flux d’air et passa alors la tête. De l’autre côté, il faisait nuit noire. En regardant vers le bas, il vit qu’il était environ à 5 ou 6 mètres du sol. Et en relevant les yeux, il distingua une maison.
Celle de ses parents.

**********

Seul dans son bureau, Duke ne savait pas quoi conclure. La dernière photographie l’avait laissé sans voix. Il prit son téléphone et appela Milton Korsky.
– Tu voulais me montrer un truc ?
– Regarde ces images et donne moi ton interprétation.
Korsky n’en revenait pas non plus.
– C’est dingue, que s’est-il passé ?
– Je me perds en hypothèses. Mais cela dépasse sûrement nos compétences.
– Oui, il faut appeler les gros bonnets du MIT, au moins. Tu dis que c’est la NSA qui t’a fourni ces images ? Comment est-ce possible ?
– Un service rendu par un vieux copain de fac. Pas très régulier mais ça nous aide à avancer.
– On devrait en parler à Rob.
Rob Gerschwin était le supérieur de Duke au NTSB. Lui pouvait affecter plus de moyens à une enquête s’il le jugeait utile.
– OK, allons le voir.

**********

Wentian avait modifié plusieurs fois et très finement le réglage du passage. Celui-ci ne paraissait pas bouger, mais quand il le traversa à nouveau, il n’était plus qu’à 50 cm du sol. Il enjamba totalement le disque et se retrouva dans le jardin de son père, à 1500 km du centre de recherche.
Il fit quelques pas, ne pouvant y croire. Oui, il avait franchi 1500 km en une seconde, sans effort, sans rien ressentir. Il resta figé plusieurs minutes, envisageant les conséquences incroyables de cette découverte. Les pensées se bousculaient dans son esprit. C’était une révolution comme on n’en avait jamais vu depuis l’invention de la roue. La distance ne compterait plus. Chacun pourrait voyager où il voudrait. Même l’Univers allait devenir la porte à côté.
Il se retourna et se figea sur place.
Le passage avait disparu.

**********

Gerschwin tenait les photos devant lui, perplexe.
– Eh bien, qu’est-ce qu’on voit de si intéressant sur la dernière ?
– Justement, rien, fit Duke.
– Rien ?
– Oui, il n’y a plus rien, moins d’une minute après la photo précédente où on distingue un nuage de plusieurs centaines de mètres de long. Voilà le problème.
Gerschwin se caressa le menton. Enquêteur expérimenté, il avait appris à se méfier des conclusions trop hâtives.
– Qu’est-ce qui me dit que la dernière photo montre bien le même champ ? On ne voit que la mer, donc aucun point de comparaison ne permet d’en être sûr.
– Un satellite de la NSA ne se trompe pas. C’est la même zone.
– Admettons, et comment expliquer ce phénomène ?
– Il n’y a aucune explication, fit Korsky. Un nuage est fait de molécules d’eau en suspension. Il peut se diluer et disparaître, c’est d’ailleurs ce qui finit toujours par arriver, mais pas dans un laps de temps aussi court.
– Et le fait est que cela correspond exactement avec la disparition de l’avion, ajouta Duke. Il entre dans le nuage, et « boum », les deux se volatilisent.
– L’avion est bien celui qui a disparu ?
– Oui, un agrandissement permet de vérifier le modèle et le nom de la compagnie, donc le doute est faible.
– Je veux bien admettre que c’est étrange, fit Gerschwin, mais c’est un peu léger. On a rien de précis : juste un phénomène, pas d’explication. Et encore une fois, si et seulement si le satellite ne s’est pas planté, ce qui ma foi n’est pas non plus totalement inimaginable.
Duke insista.
– Rob, si on ne trouve pas d’épave, ce sera notre seul début de piste.
Gerschwin posa les photos sur le bureau.
– Bon, que veux tu ?
– Qu’on mette sur ce coup tous nos moyens. Je veux dire : pas seulement ceux du NTSB.
– Je dois même appeler la NASA ? fit Gerschwin en souriant.
– Et pourquoi pas ?

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s