Le passage, épisode 5

Ceci est l’épisode 5 d’une de mes nouvelles intitulée Le passage.
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Charles C. Duke entra dans la salle du briefing où lui et ses collègues faisaient le point sur l’avancée des recherches du Boeing disparu. La réunion d’aujourd’hui allait notamment porter sur les témoignages d’autres appareils présents dans la zone supposée du crash.
Sophie Conner, une grande blonde à l’air un peu arrogant, commença.
– Voici les infos que j’ai glané ce matin. Le commandant de bord et le second du vol Lufthansa 3510 étaient, à 18h10, à 50 miles environ de la dernière position connue du Boeing. Ils disent avoir vu un nuage orageux de petite taille, isolé, mais se déplaçant très vite.
Duke réfléchit un instant, puis s’adressa au spécialiste météo, Alan Reeves, un petit homme aux allures d’intellectuel avec son crâne dégarni et ses épaisses lunettes noires.
– Alan, tu as le relevé ? Il dit bien qu’il n’y avait aucune formation nuageuse, non ?
– Ouais, c’est le cas. « Ciel clair ». D’ailleurs le taux d’humidité de l’air ne concorde pas avec la présence d’orage. Et un nuage isolé qui se déplace vite, c’est un peu bizarre comme description.
– Une tornade peut-être ? fit Milton Korsky.
– Non, impossible à cette latitude et encore moins compte tenu de la température, coupa Reeves.
– On en est certain ? Ou bien y a-t-il une marge d’erreur ? insista Duke.
– Certain. Même les phénomènes exceptionnels comme la tempête de 1999 en Europe s’expliquent. Mais pas une tornade isolée dans l’Atlantique nord à cette époque de l’année. Ou alors on peut tous retourner à la fac.

– D’autres hypothèses ?
– La foudre est à écarter pour les mêmes raisons. Le givre aussi, improbable vu la température et le fait que l’accident s’est produit plusieurs heures après le décollage. D’ailleurs il n’a pas gelé sur le tarmac où l’avion a passé sa dernière nuit.
Duke se tourna à nouveau vers Milton.
– Quel type de problème technique pourrait coller avec notre cas ? Envisageons les tous.
– J’ai déjà fait cette revue avec les types de Boeing. L’ingénieur chef n’écarte aucune option si l’on admet que l’avion s’est crashé. Par exemple la décompression, l’explosion de gaz résiduels dans le réservoir, ou la déchirure d’un morceau de fuselage.
– Mouais. Disons que tout est possible. On est bien avancés.
Duke se leva, frustré. Pour avancer, il fallait la preuve du crash. Juste une petite preuve : un simple morceau de métal suffirait à confirmer que ce satané zinc s’était bien abimé dans l’océan.
– On a quoi comme hypothèse terroriste ?
– La cellule du FBI avec qui nous travaillons ne l’exclut pas, mais pour le moment aucune revendication. Et d’après eux, la liste des passagers ne montre ni suspect, ni personnalité pouvant être une cible.
Duke le savait déjà. Il repensa à la remarque sur le nuage orageux. Pourquoi ne le voyait-on pas sur les photos météo ? Les pilotes allemands avaient-ils rêvé ?

**********

Li Wentian regardait l’écran de son ordinateur d’un air las. Un coup d’oeil à la montre : 23h10. Un rapide calcul lui montra qu’il avait dormi moins de 10 heures durant les trois derniers jours. Il se dit qu’il avait trop travaillé sur le projet Shén mén. La menace du colonel était certes une formidable motivation. Mais la fatigue n’apportait rien de bon et augmentait le risque d’une erreur qu’il pourrait payer très cher.
Wentian se leva, quitta son laboratoire et se dirigea vers la section habitation du centre de recherche, où il disposait d’une petite chambre. Les couloirs étaient quasi déserts. En passant le premier contrôle de sécurité, il fut pris d’une étrange impression. Toute cette sécurité, cette supervision par l’armée… Il se doutait bien que ses recherches avaient une finalité partiellement militaire. Mais la voix de son père tournait en boucle dans son esprit.
Il repensa à l’essai réussi d’ouvrir un passage vers les abysses. Il avait voulu tester ce scénario par curiosité, excité de voir ce qu’il pourrait donner. Mais ne risquait-il pas de donner des idées à ses supérieurs ?
Il parvint dans sa chambre. Elle ne faisait guère plus de 10 mètres carrés. Un lit en fer, une armoire et une chaise constituaient le seul mobilier. Wentian s’assit et commença à réfléchir à sa propre vie. Il avait travaillé loyalement pour son pays. Mais maintenant il avait l’étrange impression d’être en danger.
Mais que faire ? Bientôt il devrait former une nouvelle équipe. Que se passerait-il quand elle serait opérationnelle ? Serait-il envoyé ailleurs, affecté à une autre mission ? Sans doute, puisqu’il avait tout de même donné satisfaction en parvenant à maitriser l’incroyable phénomène du passage.
Mais si quelque chose tournait mal ? S’il provoquait à nouveau la mort d’hommes ?
Cette nuit là, malgré la fatigue accumulée, il ne put dormir complètement. Le lendemain matin il prit la décision d’en savoir plus sur le projet. Et accessoirement de se préparer au pire.

**********

Duke ouvrit une canette de Coca light et s’assit dans le canapé. La maison de Jeffrey Davis était confortable, mais bien plus petite que la sienne. Davis jeta un coup d’oeil à la boisson en souriant.
– Tu fais encore semblant d’être au régime ? Au fait, l’Aspartame est cancérigène.
– N’aborde pas les sujets qui fâchent, s’il te plait. Sans Coca je ne peux plus bosser, surtout la nuit.
Davis se servit une eau gazeuse et Duke entra dans le vif du sujet.
– Jeff, j’avais besoin qu’on se voie pour parler boulot.
– Aïe, je commence à avoir peur.
– Tu bosses toujours pour la NSA ?
Davis répondit négligemment.
– Disons que je voulais être mal payé, faire des heures sup régulièrement et ne pas pouvoir raconter ma journée à ma femme sans violer un secret d’état. Donc j’ai choisi une agence gouvernementale.
– OK, alors je vais t’expliquer mon problème. Tu as entendu parler du Boeing qui a disparu ?
– Difficile de ne pas être au courant. Cette affaire tourne en boucle à la télé. Je suppose que tu travailles dessus ?
– C’est moi qui suis chargé de coordonner l’enquête.
– Ah oui ? Et alors, qu’est-ce que ça donne ? On dit qu’il n’y a aucune piste sérieuse ?
– C’est bien le cas. On a tout envisagé, mais sans épave de l’avion on ne peut que faire des hypothèses. Je te passe les détails : avarie matérielle, détournement… Mais rien ne tient debout.
– Donc on fait quoi dans ce cas ?
– On continue à cherche l’avion. Il y a un bateau qui s’en occupe, tu as du le voir aux infos. Le FBI est sur le coup aussi. Et moi je me creuse la cervelle.
Davis but une gorgée en regardant son ami dans les yeux.
– Et tu as un commencement d’idée ?
– Non, mais il y a un détail que je voudrais éclaircir.
– Explique.
– Un avion qui passait à proximité du Boeing a vu un phénomène météo bizarre. Or aucune trace de celui-ci sur nos photos satellite.
– Quoi comme phénomène ? Ne me dis pas qu’il y avait une soucoupe volante dans le coin.
– Non, plutôt un nuage petit et rapide. Un phénomène très localisé, comme une tornade, qui pourrait détruire un jet et disparaitre assez vite ensuite.
– Miss météo en pense quoi ?
– Que c’est tout à fait impossible vu les températures et la latitude. Mais c’est troublant tout de même.
– OK, et tu attends quoi de moi ?
– Des photos.
– Des photos ? Tu n’as pas un satellite dédié à cela ?
– Tu sais bien qu’un satellite météo est géostationnaire et équipé de caméras à champ large. C’est bien pour montrer un anticyclone de 2000 km de long. Mais moi je veux voir un nuage mille fois plus petit.
– Je t’arrête, il y a un problème.
– Lequel ?
– Quel genre de satellite filme avec gros zoom une portion de l’Atlantique nord ? Il n’y a rien à voir, juste des vagues, au mieux un gugus qui tente la traversée à la planche.
– Je pense que la NSA a ce genre d’image.
– Et pourquoi ?
– Parce que vos satellites sont sur orbite basse. Leur position évolue sans cesse, et ils passent forcément au dessus des océans à un moment ou à un autre. Il y a peut-être une petite chance pour que l’un d’eux ait vu quelque chose.
Davis sourit.
– Ecoute Charlie, ce genre de truc est confidentiel. Tu comprends qu’une image renseigne sur nos capacités.
– Oui, mais j’aimerais que tu regardes tout de même. Je t’enverrai par mail les coordonnées de la zone et l’heure. Si tu dois flouter quelque chose, tant pis. J’ai juste besoin de savoir si un nuage suspect a bien existé. Parce que si on ne retrouve pas l’avion, l’enquête peut durer des années.
– Je verrais ce que je peux faire, mais je ne te promets rien.
La conversation se poursuivit sur d’autres sujets.

L’épisode suivant a été publié. Pour le lire, cliquez ici.

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