Eden, de Thibault Delavaud

Il y a quelques mois maintenant, je publiais sur ce blog ma première critique, celle du roman Silo. Le premier commentaire de lecteur était laissé par Thibault Delavaud, avec un lien vers son site. Je découvris alors qu’il s’agissait d’un auteur de science-fiction travaillant en auto-édition ; ses oeuvres sont disponibles principalement au format numérique via des plateformes comme le Kindle.

En clair, cet écrivain travaille exactement comme j’espère le faire un jour, aussi j’ai décidé d’étudier son profil avec attention.

Thibault Delavaud est un passionné de SF, qui a commencé à publier en 2012. Ses oeuvres étant principalement des nouvelles, il n’a pas voulu tenter de convaincre les éditeurs de livres « papier », chez qui ce format est traditionnellement mal vu. Eden est son oeuvre la plus lue à ce jour. Elle est actuellement en promotion à 0,99 euros sur Amazon.

L’histoire nous transporte dans un futur lointain, au XXVème siècle. La Terre, dévastée par la pollution, est recouverte d’une atmosphère opaque. La nature telle que nous la connaissons n’existe plus que dans quelques réserves en Afrique. Les habitants se divisent en deux classes, les privilégiés qui vivent à l’abri dans des citées isolées de l’extérieur, les « noyaux », et les autres, qui survivent tant bien que mal à l’air libre.

Mais cette société futuriste est surtout partagée idéologiquement entre les créationnistes, qui croient que le monde est l’oeuvre de Dieu, et les autres, attachés à la théorie de l’évolution de Darwin et plus généralement à la science. Les premiers accusent les seconds d’être responsables de la catastrophe écologique, et prônent, si besoin par la violence, le retour à un mode de vie pré-industriel.

L’humanité a par ailleurs exploré un certain nombre de planètes extrasolaires. L’une d’elles, Eden, est habitable et possède sa propre faune et flore. Elle sert aussi de réserve naturelle pour des espèces disparues de la Terre. Pour préserver cet environnement unique, tout débarquement humain sur Eden est interdit.

La surprise est donc totale quand un satellite photographie un être humain à sa surface, alors qu’elle est censée n’être peuplée que d’animaux. Les créationnistes crient alors à la preuve d’une volonté divine, tandis que les scientifiques sont embarrassés : comment l’évolution peut-elle avoir conduit deux planètes différentes, la Terre et Eden, à produire une espèce identique, a fortiori l’homme ?

C’est là qu’apparait le héros, Thomas Frances, jeune spécialiste de la préhistoire. Il est contacté par la Fondation, une organisation chargée entre autre de la protection d’Eden. On exige de lui une mission exceptionnelle : se rendre sur cette planète pour trouver les humains photographiés et faire la lumière sur leurs origines.

Frances, peu enthousiaste quoiqu’intrigué, débarque sur la planète en compagnie d’une équipe de militaires et de chercheurs. Mais très vite, la situation se tend : il y aurait parmi eux un traitre à la solde des créationnistes…

Eden est une nouvelle, et se lit donc particulièrement vite. Le récit est fait à la première personne par le héros. Le style d’écriture, rapide et concis, ne s’attarde pas sur les détails : le monde du XXVème siècle n’est décrit que par allusions, comme si le narrateur s’adressait à une personne de son époque pour laquelle cet univers est familier.

Malheureusement, ce n’est pas le cas du lecteur, et je trouve que la nouvelle brosse un futur un peu trop flou : on aimerait par exemple savoir plus précisément comment fonctionne la Terre de cette époque, et qui est exactement Frances – on sait peu de choses de lui, hormis qu’il a une fiancée prénommée Melissa, etc.

L’idée principale, particulièrement originale, est le conflit entre deux idéologies opposées, le créationnisme et la pensée scientifique traditionnelle. On en voit peut-être les prémisses aujourd’hui aux Etats-Unis, où ce courant est de plus en plus puissant. L’auteur imagine notamment que le créationnisme parvient à fédérer tous les opposants au système : comme le fait remarquer un personnage, ses partisants ne sont pas seulement des extrémistes religieux. Ils comptent parmi eux de nombreux scientifiques pas du tout convaincus par la Genèse du monde en 7 jours, mais aussi des écologistes, des anti-capitalistes, etc.

En outre cette idéologie est basée sur la foi et non sur la raison. Par la foi, on entend une croyance non fondée sur une explication rationnelle, et qui par conséquent ne peut être ébranlée par des preuves contraires. Thibault Delavaud décrit comment ce mode de raisonnement donne aux créationnistes une force équivalente aux fanatiques religieux du XXIème siècle : ils ne connaissent jamais le doute, sont persuadés d’avoir raison et quiconque ne partage pas leur croyance est perçu comme un ennemi.

Une fois posé ce contexte, la nouvelle nous entraine dans l’exploration d’Eden, un récit mélangeant l’aventure avec une forme d’énigme policière consistant à démasquer le traitre. Je trouve cependant que certains passages trainent en longueur, ce qui n’est pas idéal pour une nouvelle, récit court par définition. Les personnages sont superficiels, et certains points sont un peu gratuits, comme l’attirance que Thomas ressent pour Anna sans que cela ait une influence sur lui ou sur l’histoire. Puis vient la découverte, brutale, et le lecteur termine la nouvelle un peu frustré que l’histoire s’achève si vite.

Eden, c’est un peu une introduction à ce qui pourrait être un roman plus long, plus fouillé, et qui aurait pour cadre ce futur finalement très plausible. La faiblesse des personnages et la simplicité de l’histoire est compensée par les questions qu’elle pose. Pourquoi polluons nous la Terre sans réagir ? La vie est-elle une création du hasard ? Ou bien a-t-elle été planifiée par une intelligence supérieure, comme évoqué dans La formule de Dieu ? Vaut-il mieux une idéologie aveugle, totalitaire, mais respectueuse de l’environnement, ou un régime éclairé, fondé sur la science, et qui paradoxalement va ruiner la planète ?

Ma note : 4 sur 5

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