Les Déportés du Cambrien, de Robert Silverberg

Ce blog est dédié aux romans de science-fiction récents, car je ne vois pas trop la valeur ajoutée qu’il aurait sur des classiques maintes fois commentés. Pourtant, après avoir lu (en une demi-journée) ce petit récit de Robert Silverberg, paru en 1967, j’ai trouvé dommage de ne pas en faire un rapide commentaire.

On ne présente plus l’auteur, né en 1935, l’un des piliers de la SF moderne, dont la bibliographie est tellement vaste qu’elle s’écrit sur plusieurs pages.

Plus intéressante est la genèse de ce livre, quelques mois avant les évènements de 1968, et qui est profondément marqué par la mentalité de l’époque. La fin des années soixantes, c’est l’ère des utopies, des babas-cool, des sociétés égalitaires, et des révolutionnaires de tout poil. La nature et les méthodes du régime soviétique commencent à être connues, bien qu’il conserve de nombreux partisants. Il n’en fallait pas plus pour inspirer une histoire qui aurait parue d’actualité à la jeunesse d’alors.

Les Déportés du Cambrien raconte la vie du héros Jim Barrett sous la forme de deux histoires parallèles. L’une se déroule à l’époque géologique du Cambrien, et l’autre dans un monde moderne situé entre 1984 et 2008 – ce qui, à l’époque du roman en 1967, est donc l’avenir. Adolescent de 16 ans, Jim est présenté par son ami Jack Bernstein à un groupuscule pseudo-révolutionnaire où il rencontre le brillant physicien Edmond Hawksbill. Il séduit aussi une jeune militante, Janet, au grand désespoir de Bernstein qui la convoitait.

Lorsque le gouvernement démocratique des Etats-Unis est renversé, Barrett commence une authentique carrière d’opposant, mais sans grand succès. Lassé petit à petit par un combat sans résultat, marqué par l’arrestation et la disparition de Janet, il est finalement arrêté en 2008. Il est interrogé par Bernstein, devenu agent du gouvernement et plein de rancoeur contre son ancien ami. Il découvre aussi que Hawksbill, peu avant sa mort, a inventé une machine à remonter le temps et en a cédé les plans au régime. Ce dernier, qui a officiellement renoncé à la peine de mort, l’utilise alors pour envoyer Barrett un milliard d’années avant notre ère, en compagnie d’autres opposants politiques. Il s’agit d’un exil sans retour, car la machine ne peut pas fonctionner en sens inverse.

Prisonniers lui et ses compagnons d’un passé lointain, sur une Terre aride où la vie terrestre n’est pas encore apparue, Barrett survit près de 20 ans. Régulièrement, de nouveaux condamnés les rejoignent. Un jour pourtant, arrive un dénommé Lew Hahn. Il est beaucoup plus jeune que la moyenne, entretient le flou sur sa personnalité, et n’est pas crédible en tant qu’opposant. Le petit groupe d’exilé commence à avoir des doutes : pourquoi Lew Hahn est-il là ?

Trilobite

Robert Silverberg crée habilement un mélange entre les époques : le présent du roman se déroule à une époque passée, tandis que le passé, les flash-back sur la jeunesse de Barrett, se situe à la fin du XXème et au début du XXIème siècle, c’est-à-dire dans le présent du lecteur. Toutefois le Cambrien n’est pas situé un milliard d’années avant notre ère, mais plutôt 500 millions, ce qui constitue une erreur majeure mais peut s’expliquer par l’état de la science en 1967.

Ce qui caractérise ce roman, c’est l’ambiance déprimante qui règne sur la Terre du passé : la vie existe déjà abondamment en mer, mais les continents sont désertiques. Il n’y a ni plantes ni animeaux. Le sol est rocailleux, difficile à creuser, et les plages n’ont pas encore de sable, fruit de l’érosion. Cet environnement et la coupure d’avec la civilisation ont des effets psychologiques terribles : lentement, les condamnés glissent vers la folie.

Si Les Déportés du Cambrien était à jour en 1967, en 2014 cepenant, le livre a vieilli. Les discussions politiques, notamment, sont totalement anachroniques dans notre monde moderne blasé et sans illusion. Les jeunes des années 80-90 ressemblent trop à ceux des années 60, avec leur envie de changer le monde et leurs expériences de vie collective.

Par ailleurs, l’histoire est un peu brève : on aurait aimé plus de développement sur les évènements qui surviennent à partir de l’exil de Barrett. On ignore aussi ce qu’il est advenu à Janet, et le personnage de Jack Bernstein aurait pu être plus étoffé. Je m’attendais aussi à un retournement de situation qui est bien arrivé, mais dans les toutes dernières pages, trop tard pour pouvoir être exploité.

Est-ce qu’il faut recommander ce roman ? Non si vous espérez un récit d’aventure avec des dinosaures, il n’y en a pas (encore) au Cambrien. Oui si vous voulez une histoire courte, presque une nouvelle, et qui caractérise bien la SF des sixties.

Ma note : 3 sur 5

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