Gravity, d’Alphonso Cuarón

Je vais au cinéma de façon assez irrégulière, et suis souvent déçu par les films de SF. Scénario bâclé, adaptation politiquement correcte d’un livre, déluge d’effets spéciaux gratuits… La production moderne est standardisée et sans originalité. C’est pourquoi j’ai été agréablement surpris par Gravity. Ce film est sorti déjà depuis plus de trois mois, mais à l’époque Mondes Alternatifs n’existait pas, alors je me fends d’une petite critique.

Le réalisateur, le mexicain Alfonso Cuarón, a notamment à son actif un Harry Potter (2004) et l’excellent Les Fils de l’homme (2006), un thriller futuriste où Clive Owen doit protéger la seule femme enceinte de l’humanité.

Gravity raconte en 1h30 seulement les aventures du Dr Ryan Stone (Sandra Bullock), quasiment seule à l’écran après quelques scènes initiales où apparait son collègue Matt Kowalsky (Georges Clooney). Stone et Kowalsky sont deux astronautes qui effectuent une EVA (activité extra-véhiculaire, c’est à dire une sortie dans l’espace) lorsqu’une nuée de débrits détruit leur navette et coupe le contact avec la Terre. Isolés, ils tentent de rejoindre la Station Spatiale Internationale (ISS) avant que leurs réserves d’oxygène ne s’épuisent. Avec cette menace supplémentaire : les débrits étant en orbite, ils reviennent toutes les 90 minutes…

Le film prend le parti de décrire l’espace avec un réalisme auquel le cinéma ne nous avait pas habitué. Il faut remonter, eh bien, jusqu’à 2001 L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick pour ressentir l’impression d’apesanteur, et éviter les absurdités traditionnelles. Les lois de la physique sont respectées globalement ; on voit notamment la difficulté des astronautes à se freiner une fois que le carburant de leur MMU (système de propulsion ajouté au scaphandre) est épuisé.

Dans Gravity, le « méchant » ce sont les débrits, dont l’effet destructeur est bien réel, même s’il est exagéré. Un simple boulon lancé à 28.000 km/h est une menace mortelle, tant est si bien qu’aujourd’hui, la NASA traque en permanence plus de 7.000 objets potentiellement dangeureux. D’où proviennent-ils ? Essentiellement des lanceurs, c’est à dire des fusées dont les éléments (étages, coiffe) se séparent rarement sans laisser quelques petits morceaux au passage. Mais il peut s’agir aussi des astronautes eux-mêmes ; les équipages de la navette spatiale américaine, habitués des EVA, ont ainsi perdu de nombreux outils qui, même des années après, tournent toujours au dessus de nos têtes.

J’ai aimé le jeu de Sandra Bullock, incarnant une femme seule confrontée à un stress intense et qui se bat pour survivre. Son personnage a cependant un profil bizarre, puisqu’elle est censée être médecin mais travaille à la réparation d’un satellite. Le film a été tourné entièrement en studio, obligeant les acteurs à passer des heures dans un scaphandre non climatisé. Puis les plans ont été incrustés sur une image numérique d’une façon très propre : on a beaucoup plus l’impression de voir une image réelle que dans les derniers Star Wars, par exemple.

Les incohérences et erreurs sont néanmoins légion, mais elles sont presque toujours justifiées par le scénario et les exigences du suspens. Beaucoup de spectateurs se sont amusés à les lister sur internet. Voici celles que j’ai relevées :

  • Dans la première scène du film, le personnage de Matt Kowalsky tourne en rond autour du satellite en réparation, ce qu’aucun astronaute sérieux ne ferait car cela consomme du précieux carburant pour rien.
  • Un satellite qui explose projette des débris, mais dans toutes les directions, et non uniquement sur le plan de l’orbite ; la nuée de débris devrait être considérablement moins grande.
  • On entend du son dans l’espace… comme d’habitude au cinéma 😦 .
  • Les communications avec la Terre ne devraient pas être rompues car elles sont relayées par des satellites géostationnaires, à 36.000 km, hors de portée des débris si ceux-ci sont en orbite basse (250 km).
  • Il est impossible de voir l’ISS depuis la navette spatiale ; elles sont forcément sur des orbites différentes pour des questions de sécurité. Du coup, on ne peut s’y rendre en scaphandre, idem ensuite pour la station chinoise.
  • Dans une certaine scène, Stone tient Kowalsky par un bras, et lorsqu’elle le lâche il s’éloigne. Or il n’y a aucune raison pour cela ; Kowalsky devrait alors flotter à côté, immobile.
  • Stone sort dans l’espace avec une combinaison interne, donc pressurisée mais sans protection thermique. Elle devrait donc brûler lorsqu’elle s’expose au soleil et geler si elle passe dans l’ombre.
  • Elle comprend aussi le chinois un peu vite… Certe les capsules chinoises Shenzhou se sont inspirées des Soyouz, mais pas au point d’avoir les mêmes commandes au même endroit.

D’autres ont également noté, à juste titre, que :

  • Les visières des astronautes ne sont pas baissées ; sans elles ils seraient rendus aveugles par l’intensité de la lumière du soleil.
  • Dans l’ISS, en apesanteur, les cheveux de Sandra Bullock ne flottent pas.

Ceci étant dit, Gravity est un vrai spectacle, notamment en 3D, et qui plaira à tous, fans de la conquête spatiale ou pas. La sortie du DVD est imminente.

MAJ du 27/02/2014 : je reçois le DVD à l’instant. Il propose un nouveau service baptisé Ultraviolet, qui permet de visionner le film en format numérique sur les appareils iOS et Android. Pour cela, téléchargez l’application Flixster et entrez le code fourni à l’intérieur du DVD. Vous pourrez alors regarder le film en streaming, ou le télécharger complètement (1,35 Go tout de même).

Ma note : 5 sur 5

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